Maisonneuve

Au XIX ième siècle, Hochelaga-Maisonneuve était une ville. Grâce à ses installations portuaires et aux chemins de fer qui la traversaient, elle attirait de nombreuses industries. Mais cette forte industrialisation avait un coût. Devant les gros travaux qu’il fallait faire pour la soutenir -la création d’égouts, d’aqueducs et de rues- Hochelaga abandonna et demanda l’annexion à Montréal. Mais là où Hochelaga abandonna, Maisonneuve persista.

Forte de son industrie navale, de sa grosse raffinerie de sucre (la plus grosse au Canada), de son industrie de la chaussure, de ses biscuiteries et confiseries, elle devint une ville indépendante à part entière en 1883. Avec des terres s’entendant de Bourbonnière à Vimont, de Rosemont jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Gouvernée par de grands propriétaires fonciers et industriels, notamment les frères Dufresne, la Cité de Maisonneuve eut l’ambition de devenir une ville à la fois grandiose et esthétique, où les propriétaires et les ouvriers pourraient cohabiter harmonieusement. Suivant le mouvement City Beautiful, elle aménagea de larges boulevards avec des promenades au centre, construisit des édifices monumentaux dotés de belles fontaines, et planifia la création d’un immense parc. Elle ne survécut que 35 ans, avant de subir le même sort qu’Hochelaga. Mais ces années furent incroyables! On en trouve encore des traces partout dans le quartier…

C’est ce que je t’invite à découvrir aujourd’hui. Non seulement les traces de ce passé grandiose, mais aussi ce que Maisonneuve est finalement devenue, malgré sa fusion avec Montréal. Car contrairement à ce que la plupart écrivent partout, la City Beautiful n’est pas morte en 1918. Le rêve des frères Dufresne s’est en grande partie réalisé, mais sous d’autres formes… Ce que tu t’apprêtes à parcourir, c’est un quartier rempli de poésie, de ruelles vertes, de mosaïques et de murales. Un quartier où peuvent se côtoyer sur une même rue des usines transformées, des beaux plex aux escaliers extérieurs et une église grosse comme une cathédrale. Es-tu prêt pour l’aventure? Alors bienvenue dans Maisonneuve. Bienvenue dans… Mes Quartiers!

Voici ta carte:

clique pour agrandir!

1) la station Pie-IX et ses Jardineries

Ton aventure d’aujourd’hui débute à la station de métro Pie-IX (ligne verte). Sur la mezzanine, l’oeuvre de Jordi Bonet, qui symbolise la relation entre le corps et l’esprit, entre les mondes physique et psychique, montre de façon étonnante comment on peut donner de la finesse et de la légèreté à un matériau aussi brut et solide que le béton!

Emprunte le premier escalier qui se présente à toi et sors du côté est du boulevard Pie-IX.

Derrière l’édicule, l’esplanade bétonnée du stade olympique a été transformée en jardin parsemé de chaises dépareillées, de hamacs et de jeux de toutes sortes, appelé Les Jardineries. Le soir, il est agréable d’y prendre un verre, sous les guirlandes de lumière, en regardant la tour inclinée changer de couleur!

L’hiver, sur la partie supérieure de l’esplanade, on peut même patiner!

Traverse l’avenue Pierre-de-Coubertin et tourne à gauche (est) sur celle-ci.

La large avenue sera reconstruite dans les prochaines années avec des trottoirs plus larges, 120 nouveaux arbres, de grands mats illuminés sur le terre-plein, et des ronds-points à la française. Au temps des olympiques, puis durant les années où l’équipe de baseball montréalaise jouait au stade, il fallait une large avenue pour permettre l’accès aux automobiles et aux bus nolisés… Mais maintenant, Pierre-de-Coubertin est presque toujours déserte, aussi en profitera-t-on pour revoir sa configuration et la rendre plus conviviale… et même majestueuse!

crédit photo: Ville de Montréal

Tourne à droite (sud) sur l’avenue Desjardins.

2) l’église Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle

Une voie cyclable, protégée par une large bande fleurie, a été aménagée sur l’avenue Desjardins ces dernières années. Cette dernière est ainsi plus verdoyante que jamais!

Avant d’arriver au coin de rue suivant, tu croises l’entrée d’une ruelle verte…

…agrémentée de quelques murales aux couleurs vives.

Et aussi cet étonnant exercice de rénovation et d’agrandissement d’un plex montréalais typique aux briques brunes! Des balcons givrés ont été installés et des touches d’orange et de vert fluo ont été ajoutées. Plutôt audacieux…

À ta droite, au coin de la rue Hochelaga, se trouve l’église Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, une réalisation des architectes Lemay et Leclerc (1965). Elle s’élance vers le boulevard Pie-IX pour se terminer par un clocher…

…dans lequel est enserré un immense vitrail de Claude Théberge, aux couleurs chaudes…

Autour de l’entrée principale, un long muret sculpté raconte la vie de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle.

À l’intérieur, on découvre un plan au sol en losange, avec un très large espace dégagé éclairé par de nombreux plafonniers cylindriques suspendus en aluminium.

Le chemin de croix, sur le côté, est vraiment spécial. Contrairement aux tableaux successifs que nous sommes habitués de voir dans les églises traditionnelles, il prend plutôt ici la forme d’une longue frise de béton sculptée où les diverses stations sont numérotées! Après l’oeuvre de Jordi Bonnet que tu as vue dans la station Pie-IX, voilà un autre exemple d’une utilisation artistique du béton…

Traverse la rue Hochelaga, puis tourne à gauche (est) sur cette dernière.

3) chaussure, confiserie, bière et épices

L’immense murale bleue de Mateo (2019) est impossible à manquer! Elle couvre toute la façade d’un édifice dont chaque appartement a été décoré par un artiste différent…

Tourne à droite (sud) sur l’avenue de la Salle.

Après quelques pas, tu croises un bâtiment de briques rouges avec, au-dessus de la dernière entrée, quelques lettres à moitié effacées: « King Paper Box ». Il s’agit d’une ancienne manufacture de boîtes à chaussures qui s’est installée dans le quartier il y a une centaine d’années (1909). Pourquoi? Parce que Maisonneuve était à l’époque la capitale de la production de chaussures, avec une trentaine de manufactures sur son territoire! En 1911, on y produisait 3,5 millions de paires de chaussures par année!

Si on ajoute le secteur alimentaire et celui du textile, on peut dire que la Cité de Maisonneuve connut à l’époque une forte industrialisation. Elle devint même la première ville au Québec à obtenir l’électricité! Tu croiseras aujourd’hui plusieurs témoins de cette époque révolue… Il te suffit d’ailleurs de quelques pas de plus pour passer à côté de l’ancien édifice de la confiserie National Licorice Company de Brooklyn (1907). De nouveaux développements ont été ajoutés, d’apparence similaire, mais le bâtiment original se trouve au coin de la rue de Rouen. De 1977 à 2008, il fut même occupé par la confiserie Hershey Canada, qui y fabriquait sa réglisse!

la plus belle façade de la confiserie donne sur l’avenue Desjardins

Sur Rouen, en face de toi, tu peux aussi apercevoir l’ancienne manufacture de souliers de la Parisienne Shoe, dont les lettres sont encore bien visibles sur la façade de briques brunes.

À gauche, des condos qui ne manquent pas de panache ont été construits. Voilà un contraste étonnant, entre édifices centenaires et contemporains, que tu retrouveras souvent dans le quartier…

Tourne à gauche (est) sur l’avenue de Rouen.

Au coin de l’avenue Letourneux, l’ancienne McDermott Shoe est en cours de rénovation. À gauche de l’édifice centenaire, sur Letourneux, le bâtiment auparavant occupé par une entreprise de monuments funéraires vient d’être acheté par la microbrasserie L’Espace public, qui y installera bientôt ses cuves et sa production. Dans Hochelaga, c’est une véritable institution. Forte de son succès, la petite microbrasserie de la rue Ontario est souvent bondée. Ainsi, cette extension dans Maisonneuve sera-t-elle la bienvenue pour les amateurs de houblon québécois. Un salon de dégustation et une terrasse avec une douzaine de tables devraient prendre place à l’arrière, si l’entreprise obtient les autorisations nécessaires auprès de l’arrondissement… À suivre! 🙂

une « nouvelle » microbrasserie devrait ouvrir ici!

Traverse l’avenue Letourneux et tourne à droite (sud) sur celle-ci.

Est-ce que tu perçois une odeur d’épices qui flotte dans l’air? Si oui, ce n’est pas le fruit de ton imagination… 😉 En effet, le bâtiment rétro qui arrondit le coin est occupé depuis 2011 par les Épices de Cru. Il ne s’agit pas de leur boutique, mais de leur lieu d’importation. Cela fait plus de 30 ans qu’Ethné et Philippe de Vienne parcourent le monde, visitant les petits producteurs locaux et les plantations. Résultat: ils importent maintenant ici plus de 300 épices et 100 thés différents!

Continue de marcher vers le sud sur l’avenue Letourneux.

Te voilà en route vers la rue Ontario. En chemin, tu passes devant ma petite maison préférée de l’avenue, orange et jaune.

Il se peut aussi que tu croises un drôle de petit bolide rouge: c’est la seule navette électrique autonome en ville. Elle relie le stade au marché Maisonneuve.

Le véhicule, qui roule sans conducteur, a été testé en 2018 et 2019. Il ne va pas très vite, mais c’est quand même drôle de l’essayer, et en plus c’est gratuit! Avec la pandémie actuelle, difficile de savoir quand il fera son retour. Mais si tu le vois passer, tu sauras au moins ce que c’est… 😉

Avant d’arriver à la rue Ontario, tu croises sur ta gauche la petite roseraie Fernand-Gignac. Les plus vieux comprendront qu’elle est dédiée au célèbre crooner montréalais qui a produit pas moins de 31 albums en 60 ans de carrière! Un clin d’oeil évident à l’une de ses plus belles chansons romantiques: Donnez-moi des roses (1961). Mais pourquoi cette roseraie ici? Parce que Fernand Gignac (1934-2006) a grandi tout près, au 2272 Letourneux. Le « 9 et demi » qu’il a habité dès l’âge de 5 ans n’existe plus, mais la vie du crooner est indissociable du quartier. Son père travaillait d’ailleurs dans une manufacture de chaussures… Et le jeune Gignac, lui, entrait parfois à la National Licorice, avec la complicité du gardien de nuit, pour se remplir les poches de réglisse 😉

Trêve d’anecdote, te voilà rendu à la principale rue commerciale du quartier, entouré de deux incontournables: d’un côté, le Bièrologue, qui propose une vaste sélection de bières de microbrasseries québécoises; de l’autre, le Hoche Café, très apprécié des résidents du coin… Es-tu prêt pour la suite de ton aventure?

Tourne à droite (ouest) sur Ontario.

4) culture, architecture et poésie

Au coin de l’avenue de la Salle, deux banques témoignent de la richesse de l’ancienne Cité de Maisonneuve et des besoins des nombreux entrepreneurs industriels de l’époque. L’ancienne banque de Toronto est sans doute la plus intéressante, avec son style beaux-arts et ses façades couvertes de céramiques vernissées blanches. Car non: ses pilastres, son fronton et sa corniche ne sont pas en pierre sculptée! 😉

Au coin suivant, tu retrouves l’avenue Desjardins et sa belle piste cyclable fleurie…

Tourne à gauche (sud) et traverse la rue Ontario.

L’ancienne caserne de pompiers no.45, de style néo-renaissance, a encore fière allure avec sa corniche à denticules. Elle a été conçue par l’architecte Charles-Aimé Reeves (1907), qui a également construit la National Licorice de Brooklyn, que tu as vue tantôt, et l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus. Elle a été restaurée et est aujourd’hui occupée par la Maison de la culture Maisonneuve. Des expositions gratuites y ont régulièrement lieu, si le coeur t’en dit…

Sur le côté, une mosaïque est consacrée à La Bolduc (2018). La première d’une série de murales-mosaïques réalisées par Laurent Gascon qui ponctuent la rue Ontario sur 4 kilomètres, d’ici à la rue Beaudry! Un circuit d’oeuvres unique, qui rend hommage aux artistes et créateurs québécois, de Gilles Vigneault à Yvon Deschamps, en passant par Plume Latraverse, Pauline Julien, Marjo et Diane Dufresne, pour n’en nommer que quelques-uns…

Ici, l’avenue Desjardins est piétonnisée chaque été, pour devenir le patio culturel. Des chaises permettent de te reposer, au milieu des pots de fleurs, carré de sable et petite bibliothèque de livres en libre-service.

D’ailleurs, parlant de bibliothèque, celle du quartier se trouve dans l’édifice adjacent.  L’ancien hôtel de ville de Maisonneuve (1912), de style classique, en impose avec ses colonnes corinthiennes, son porche d’entrée monumental et ses portes de bronze. À l’intérieur, un escalier de marbre aux rampes décoratives…

…permet de monter pour jeter un oeil sur la verrière multicolore qui orne le plafond.

Au moment de passer ici, il se peut que tu te retrouves face à un chantier, car au cours des prochaines années, l’arrondissement projette tripler la superficie de la bibliothèque en y ajoutant des ailes de part et d’autre. Une place publique devrait être aménagée en façade et s’étendre sur l’avenue Desjardins pour rejoindre la Maison de la culture…

Marche sur l’avenue Desjardins en direction sud.

Derrière la Maison de la culture, tu dois te retourner pour ne pas manquer la grande et magnifique murale de Pinocchio qui s’étire le long de la ruelle… Une oeuvre de Dodo Ose et Zek One (2011).

C’est ici que commence la Rue de la Poésie, quelque chose d’unique à Montréal! En effet, de part et d’autre de l’avenue, une vingtaine de poèmes rédigés par les résidents du coin ont été accrochés aux arbres. Une tradition qui se poursuit depuis 2012…

Comme les oeuvres se renouvellent régulièrement, on en découvre toujours des nouvelles avec plaisir… Ce qui rend la promenade franchement agréable!

D’autant plus que de beaux plex montréalais typiques ponctuent le chemin, avec leurs escaliers extérieurs en colimaçon, comme on en retrouve aussi dans Rosemont, Villeray, ou sur le Plateau Mont-Royal…

Au coin de la rue Adam, tu arrives à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus. Tourne à gauche (est).

5) l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus

Cette église de style romano-byzantin a été achevée en 1906 selon, notamment, les plans de Charles-Aimé Reeves. Elle a été construite de grande dimension en espérant un jour en faire une cathédrale, ce qui n’arriva jamais… Si tu as la chance d’entrer, n’hésite pas, car l’intérieur est magnifique! Il fait d’ailleurs partie de mon Top 20 des plus beaux… Le décor du peintre québécois Toussaint-Xénophon Renaud est riche et chaleureux: la voûte est entièrement peinte et on aperçoit de nombreuses toiles au-dessus des colonnes.

Deux immenses orgues Casavant, parmi les plus importants au pays, sont disposés aux tribunes avant et arrière de l’église. Celui du choeur est surmonté de 4 statues du sculpteur Alexandre Carli, d’une couronne, et du tableau de la Pentecôte de Georges Delfosse.

Nous avons bien failli perdre ces orgues en 2010, alors que la cathédrale de Toronto avait fait une offre d’achat pour se les approprier! Heureusement, des membres de l’Atelier d’Histoire d’Hochelaga-Maisonneuve se sont levés pour alerter l’opinion publique

Poursuis ta marche vers l’est sur la rue Adam.

Au coin de l’avenue de la Salle, ça vaut la peine que tu t’arrêtes quelques secondes pour observer les environs. Que remarques-tu? Eh oui! une petite bizarrerie… Car trois des quatre coins sont occupés par des édifices coupés en diagonale, dont l’entrée est encadrée de deux colonnes!

En fait, ce n’est pas complètement dû au hasard. La clé du mystère se trouve du côté de l’ancienne Banque d’épargne de Maisonneuve.

Car avant de devenir une succursale bancaire, l’édifice appartenait à Cyrille Lamontagne, qui en avait fait une pharmacie (1909-1914). Or, il la fit construire à l’image de son ancienne pharmacie, qui logeait dans l’édifice juste en face… C’est pourquoi les deux immeubles se ressemblent tant!

Marche deux coins de rue supplémentaires vers l’est.

D’autres belles maisons parsèment ton chemin.

Jusqu’à ce que tu arrives à l’avenue Morgan, probablement la plus belle du quartier.

Tourne à droite (sud) sur Morgan.

6) l’avenue Morgan, son parc et son bain

L’avenue Morgan a été dessinée par l’architecte-paysagiste canadien Frederick Gage Todd, qui a aussi travaillé à l’aménagement de l’île Sainte-Hélène et du lac des Castors qui se trouve sur le mont Royal. À l’époque, on voulait en faire une avenue somptueuse. Elle relie aujourd’hui le parc Morgan au marché Maisonneuve, une perspective assez unique à Montréal.

Marche  jusqu’à la rue Sainte-Catherine.

À ta droite, le Théâtre Denise-Pelletier (1930), de style beaux-arts, resplendit au soleil, avec ses pilastres et sa corniche décorée.

Au-dessus des fausses fenêtres, on peut apercevoir des couples qui dansent.

En face de toi se dresse le kiosque du parc Morgan, que je t’invite à rejoindre.

Traverse la rue Sainte-Catherine (sud) et pénètre dans le parc.

Le parc Morgan a été complètement réaménagé ces dernières années. Une fontaine a été installée à l’avant-plan…

Du haut du kiosque, au-dessus des vespasiennes, une perspective s’offre sur la belle avenue, les jets d’eau, et le théâtre. C’est ici que se trouvait autrefois la résidence d’Henry Morgan, le commerçant écossais qui possédait au centre-ville le magasin du même nom, aujourd’hui transformé en La Baie d’Hudson.

Derrière le kiosque, des jets d’eau ont été aménagés, qui s’écoulent le long d’une tranchée, au plus grand plaisir des enfants qui aiment s’y tremper les pieds.

Sors du parc et emprunte le côté est de l’avenue Morgan. Marche en direction du marché (nord).

En chemin, tu croises deux plex de style art déco, notamment celui du 1455, avec ses fenêtres rondes et ses motifs géométriques.

Puis, tu aperçois l’école secondaire Chomedey-de-Maisonneuve de l’autre bord de l’avenue, avec sa sculpture formée de 14 tubes. Il s’agit du Projet Mosaïque (2019), une création de Laurence Petit, réalisée avec la participation des élèves. Après avoir vu la murale-mosaïque de La Bolduc, c’est un autre exemple des mosaïques de plus en plus utilisées pour embellir les espaces publics à Montréal, comme le montre d’ailleurs cet article du blogue C’est toi ma Ville, un des rares consacrés au sujet.

Tiens! En passant… Savais-tu que c’est ici que le chanteur Fernand Gignac, dont je te parlais tantôt, a fait son secondaire? Et qu’il s’est ensuite marié à l’église Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, que tu as vue près du métro Pie-IX? Sa vie est tellement liée au quartier, que le dernier spectacle qu’il a donné, quelques mois seulement avant sa mort, fut… au Théâtre Denise-Pelletier. Comme quoi je suis pratiquement en train de te faire suivre un circuit Fernand Gignac sans que tu ne le saches, héhé… 😉 Mais revenons à nos moutons, comme on dit. Car tu arrives maintenant à un autre édifice incontournable du quartier.

Te voilà en effet rendu en face du monumental bain public Morgan, conçu par l’ingénieur et architecte Marius Dufresne (1915)! Dans la travée centrale, entre les colonnes, se trouve une sculpture-fontaine d’Alfred Laliberté: Les petits baigneurs. Si tu prends un peu de recul, en montant sur le terre-plein central, tu apercevras une sculpture qui coiffe le fronton de style gréco-romain: il s’agit d’un homme tenant deux chevaux en laisse.

Deux autres sculptures trônent de part et d’autre sur la balustrade. À gauche, au-dessus de l’inscription « bain public », une nymphe aquatique tient un coquillage.

À droite, au-dessus de l’inscription « gymnase », un gymnaste est assis à côté d’une altère.

Elles représentent en fait les deux vocations initiales de l’immeuble.

Traverse la rue Ontario (nord) et pénètre sur la place publique pour rejoindre la magnifique fontaine qui se trouve devant toi.

7) la Fermière et son marché

Te voilà rendu sur la place Gennevilliers-Laliberté, que tout le monde ici appelle simplement la place du marché Maisonneuve. Au centre se dresse une fontaine qui fait partie de mon Top 15 des plus belles à Montréal: La Fermière, d’Alfred Laliberté (1915).

La sculpture en bronze qui domine l’ensemble représente Louise Mauger, une maraîchère du XVII ième siècle, la première fermière de Ville-Marie (1648). Son mari avait en effet reçu du Sieur de Maisonneuve la première terre concédée de la ville. Au moment de son inauguration, ce monument constituait le premier, à Montréal, à mettre en vedette une femme du quotidien, et non un personnage historique!

La fermière, âgée mais énergique, porte un chapeau de paille et un panier de légumes. Autour d’elle, disposés en triangle, trois garçons apportent au marché un saumon…

…un veau…

…et un dindon qu’ils tentent de maîtriser.

Aux pieds de la fermière, des grenouilles et des tortues projettent l’eau dans tous les sens.

Ces jets rendent la sculpture-fontaine spectaculaire, notamment quand les rayons du soleil passent à travers l’eau qui éclabousse de partout.

Dans l’ancienne Cité de Maisonneuve, à une époque où l’industrialisation et la vie ouvrière étaient florissantes, il est intéressant de constater que Laliberté a plutôt fait le choix de mettre en vedette la vie paysanne et agricole. Il marqua ainsi son attachement aux traditions et à la campagne, par opposition à la modernité et à l’urbanisation…

Derrière la fontaine, l’ancien édifice du marché (1914), de style Beaux-Arts, en met plein la vue. Dessiné par Marius Dufresne, son dôme central, sa toiture en pavillon et ses quatre tours d’angles sont de style Second Empire. Ses tuiles violettes resplendissent au soleil!

Lorsqu’on arrive par l’arrière du marché, la perspective est toute aussi saisissante, quoique méconnue. Un axe central permet de longer de grands jardins communautaires et le marché apparait alors comme s’il émergeait du fond de la campagne! 😉

À ses pieds, sur la place publique à l’avant, on ne s’en rend généralement pas compte, mais on trouve un grand « M » au sol, celui de Maisonneuve.

source: Google Earth

De nos jours, les boucherie, poissonnerie, boulangerie et fruiterie se trouvent dans le bâtiment construit juste à côté, en 1995. Rien à voir avec l’ampleur des marchés Jean-Talon ou Atwater, soyons honnête! Mais les lieux sont simples et sympathiques.

Au printemps, les Jardins Dauphinais proposent une sélection époustouflante de fleurs et de plantes de toutes sortes, pour égayer tes plates-bandes ou tes jardinières de balcon!

À l’ouest du marché, je ne pourrais passer sous silence la présence du Bagatelle Bistro et de ses deux terrasses. L’une, reposante, se trouve sur le côté. L’autre, particulièrement belle, s’étale en façade autour d’un arbre!

Les brunchs sont incontournables. Plusieurs options à petits prix font l’affaire des économes, alors que la fin de semaine, certaines assiettes de brunch plus élaborées en mettent plein la vue (et le ventre) 😉

Et comme il s’agit d’un « apportez votre vin », tu peux apporter ton mousseux, et pour quelques dollars on t’offre le jus d’orange pour faire des mimosas! 🙂

Tourne à droite (est) et dépasse l’édifice contemporain du marché. Tu peux bien sûr faire ce segment en passant par l’intérieur! Puis, tourne encore à droite (sud) et traverse la rue Ontario pour emprunter l’avenue William-David.

8) les ruelles vertes de Maisonneuve

Ces dernières années, les ruelles vertes se sont multipliées dans le quartier: on en compte maintenant 21! Si on ajoute les dizaines de saillies de trottoir qui ont été aménagées ainsi que la nouvelle piste cyclable en partie fleurie et arborée, on réalise que Maisonneuve est en train de devenir un quartier de plus en plus vert…

Juste avant d’arriver au coin de rue suivant, une ruelle s’ouvre sur ta gauche (est). Emprunte-la!

Voici justement un exemple de belle ruelle verte! La ruelle William-Bennett est remplie de jeux d’enfants… Ceux et celles qui pensent qu’on ne peut pas faire grandir une famille à Montréal seront surpris de voir l’usage que l’on peut faire de ces espaces encore trop souvent oubliés qui se trouvent derrière nos maisons…

Ici, les voisins veillent au grain et sont tricotés serrés. Les petits peuvent s’amuser en toute sécurité, et dans un environnement embelli par une magnifique tortue marine, une murale d’A’Shop (2010).

Traverse la ruelle discrètement et tourne à droite (sud) sur l’avenue Bennett. Franchis la rue la Fontaine et poursuis sur Bennett de l’autre côté.

Les escaliers extérieurs en colimaçon sont toujours bien présents et font le charme de l’avenue Bennett.

Juste avant d’arriver au coin d’Adam, une deuxième ruelle verte s’ouvre à ta gauche. Je ne t’y amène pas, mais c’est juste pour te dire qu’une autre mosaïque s’y trouve, si jamais tu es un fan. Intitulée « La vie dans ses quatre états » (2014), la mosaïque écologique réalisée par des adolescents du quartier est composée de matériaux recyclés et présente notamment des papillons, un renard, un geai bleu et un cardinal rouge. Une citation d’Antoine de Saint-Exupéry complète l’oeuvre: « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».

détail de la mosaïque

Au coin de la rue Adam, tourne à gauche (est) sur celle-ci.

De l’autre côté de la rue Adam, tu aperçois l’ancienne église Saint-Barnabé-Apôtre. L’organisme qui l’a rachetée en 2004 existe depuis presque 30 ans. Le Cap Saint-Barnabé a commencé comme une coopérative alimentaire qui achète les aliments en gros et les revend au prix coûtant. Il a ensuite développé différents autres services: organisation de soupers communautaires, distribution de paniers de Noël, gestion de maisons de chambres pour héberger temporairement les plus démunis, etc. Un pilier du quartier!

Ses terrains sont maintenant agréablement aménagés, avec chaises, tables et bacs à légumes…

Traverse l’avenue Aird et tourne à gauche (nord) sur celle-ci.

Après quelques pas, une troisième ruelle verte s’ouvre sur ta droite: c’est le P’tit village Sicard, qui s’est méritée une place dans mon Top 20 des plus belles ruelles vertes à Montréal. Au printemps, on distingue encore la grande tortue en bois transformée en véritable jardin… Mais au fur et à mesure que la saison estivale avance, elle disparait sous les légumes qui poussent abondamment!

Juste à côté, des balançoires en bois ont été installées…

Tourne à droite (est) et traverse la ruelle qui débouche sur l’avenue Sicard. Tourne à gauche (nord) sur cette dernière et marche jusqu’à la rue la Fontaine. Tourne à gauche (ouest) sur celle-ci.

Les beaux plex aux escaliers extérieurs en colimaçon se succèdent les uns les autres. Au coin de la rue Aird, l’un d’eux disparait littéralement sous les vignes tellement le mur végétalisé est dense! Magnifique!

Tourne à droite (nord) sur la rue Aird.

Les résidents du coin font vraiment un effort pour verdir leur environnement immédiat, pour planter des fleurs, faire pousser des légumes… Avec ses nombreuses ruelles vertes, Maisonneuve est en train de devenir un quartier particulièrement vert! Tu en auras d’ailleurs très bientôt un autre exemple…

Franchis la rue Ontario et poursuis toujours ta route vers le nord sur la rue Aird.

9) de chemin de fer à chemin vert

Aussitôt la rue Ontario franchie, tu retrouves les anciennes manufactures de chaussures. Ici, l’ancienne manufacture Dupont Frères (1909), transformée en immeuble résidentiel:

Et quelques pas plus loin, l’ancienne manufacture La Parisette qui, au siècle dernier, était spécialisée dans les chaussures pour enfants. Elle était si populaire dans les années 50, que 80% des bambins américains et canadiens portaient des chaussures de La Parisette!

L’édifice aux intrigantes fenêtres rondes est aujourd’hui occupé par l’Espace Aird, qui propose ses espaces à vocation éco-artistique à des artistes et concepteurs de toutes sortes: peintres, sculpteurs, ébénistes, photographes, décorateurs, teinturistes, céramistes, graphistes…

Te voilà maintenant au coin de ce qui ne ressemble ni à une rue, ni à une ruelle. Un ancien chemin de fer du Canadien National passait autrefois ici, mais il a été transformé en promenade piétonne et cyclable! Elle relie le marché Maisonneuve à la rue Viau, sur environ 500 mètres… Il y a quelques années, l’arrondissement prévoyait poursuivre la conversion du chemin de fer en chemin vert sur un kilomètre de plus, jusqu’à la rue Dickson, mais cela n’arriva jamais. On se croise les doigts pour que ce projet aboutisse un jour! 🙂

Tourne à droite (est) et emprunte le parc linéaire.

Plusieurs murales agrémentent la promenade, dont celle-ci de Monk.e, qui présente un rhinocéros entouré de planètes imaginaires et de raies volantes:

Et cette autre du même artiste, au coin de rue suivant:

À plusieurs moments, le sentier sépare les bâtiments industriels des bâtiments résidentiels, un mélange des genres que tu es maintenant habitué de voir dans le quartier. La promenade qui était sensée être verte est quand même largement asphaltée, au point où de très nombreux poteaux jaunes ont dû être plantés pour que les automobilistes ne la confondent pas avec une rue. Ce qui fait qu’il est malheureusement impossible de photographier l’ancienne emprise ferroviaire sans voir des poteaux… Ici, j’en compte 24. Et toi? 😉

Trêve de plaisanterie, il y a quand même 78 arbres et 941 arbustes qui ont été plantés, sans oublier le jardin communautaire aménagé entre les rues Leclaire et Théodore. Plusieurs bassins de rétention des eaux de pluie ont aussi été creusés, notamment celui-ci au coin de Théodore. Un peu de verdure, ça fait quand même du bien!

Tourne à gauche (nord) sur la rue Théodore.

10) le village des vétérans

Le quartier Maisonneuve prend tellement de belles couleurs, pendant la saison estivale!

Après avoir franchi la rue de Rouen, un autre de ses visages t’apparaîtra soudainement, sans trop prévenir. Car les condos dans les anciennes usines de chaussures et les plex aux escaliers en colimaçon font ici place à de jolies petites maisons unifamiliales!

Les rues Saint-Clément, Théodore, Leclaire et Sicard en sont remplies des deux côtés, entre Rouen et Hochelaga… La plupart sont très simples, sans fioriture, alors que d’autres ont visiblement été rénovées avec le temps.

Elles ont été construites dans les années 40 et 50 par une compagnie créée par le gouvernement canadien – la Wartime Housing Limited – dans le but de loger les ouvriers des industries qui participaient à l’effort de guerre des années 1939-45. Après la Seconde guerre mondiale, elles furent vendues aux soldats revenant au pays.

Aujourd’hui, ces petites maisons de vétérans donnent un cachet unique à ce coin de Maisonneuve! La plupart ont un toit à deux versants, et une entrée protégée soit par le prolongement du toit, soit par un petit porche.

Tourne à gauche (ouest) sur la rue Hochelaga, puis à droite (nord) sur la rue Leclaire. Marche jusqu’au bout de cette dernière, qui se termine à Pierre-de-Coubertin, que je t’invite à traverser.

11) le Biodôme, le Planétarium et la tour de Montréal

Te voilà rendu à la station de métro Viau, où se terminera dans quelques instants ton itinéraire. Tout autour, des travaux ont présentement lieu pour rénover la station et verdir cette entrée du parc olympique. Je t’invite quand même à utiliser le passage de fortune aménagé pour franchir les travaux, car il y a encore des choses à découvrir de l’autre côté! 😉

Il y a tout d’abord la statue de Copernic, le célèbre astronome qui renversa les croyances au XVI ième siècle en soutenant que la Terre n’était pas immobile au centre de l’Univers, mais qu’elle tournait plutôt autour du Soleil… L’original de cette statue se trouve à Varsovie depuis 1830.

Tout près de la statue se trouve le Planétarium de Montréal, composé de deux théâtres immersifs logés dans d’immenses cônes. Un toit vert couvre une partie de l’édifice, que l’on peut dominer en montant un escalier.

D’en haut, tu peux t’amuser à faire quelques photos impressionnistes…

En face se trouve l’entrée du Biodôme de Montréal.

Sous son toit voûté et fenestré, cinq écosystèmes ont été recréés. On peut y observer l’interaction entre les espèces animales et végétales dans des environnements où le climat et la luminosité sont contrôlés pour reproduire le plus fidèlement possible l’écosystème original. Tu peux donc découvrir l’érablière des Laurentides et le Golfe du St-Laurent…

Ce dernier écosystème présente même un bassin de 2,5 millions de litres d’eau salée où évoluent une quinzaine d’espèces de poissons!

Les Côtes du Labrador présentent quant à elles les macareux, qui sautent à l’eau, nagent et s’amusent frénétiquement… Alors que dans les îles subantarctiques, les manchots volent la vedette, notamment le gorfou sauteur du Nord, avec ses plumes oranges au-dessus des yeux 😉

Enfin, impossible de manquer la forêt tropicale humide, le plus grand des 5 écosystèmes du Biodôme!

Tu y croiseras des caïmans, des oiseaux comme le motmot caraïbe, un paresseux, de bruyants aras, et même le mignon tamarin-lion doré, dont le Biodôme assure la conservation!

Le tout dans l’ancien vélodrome olympique, dont l’architecture et le design sont tout simplement spectaculaires! 🙂

De retour à l’extérieur, entre le planétarium et le biodôme tu apercevras la place Nadia Comaneci, nommée ainsi en l’honneur de la gymnaste roumaine qui a obtenu la note parfaite aux Jeux olympiques de 1976. Tout autour figure le nom des pays qui ont remporté une médaille d’or ainsi que celui des 6200 athlètes qui ont participé à la compétition internationale qui a eu lieu ici! Au-dessus, la place est dominée par des anneaux olympiques…

Marche jusqu’au pied du mat olympique

Le planétarium et le biodôme que tu es en train de quitter font partie de l’Espace pour la Vie, qui comprend aussi le Jardin Botanique et l’Insectarium qui se trouvent de l’autre côté de la rue Sherbrooke. Un chemin passant sous la rue, à partir d’ici, te permet d’ailleurs d’atteindre ces autres attractions majeures, que tu as déjà découvertes si tu as parcouru mon itinéraire du quartier Marie-Victorin. Mais tu auras tout de suite la chance de les voir d’en haut, car je t’amène au sommet de la Tour de Montréal!

Des centaines de milliers de touristes montent ici chaque année, mais beaucoup de Montréalais ne l’ont jamais fait eux-mêmes… C’est vraiment étonnant! J’ai vu beaucoup d’édifices extravagants et originaux un peu partout dans le monde, mais rarement aussi spectaculaires que celui-ci… Avec ses 45 degrés d’inclinaison, la tour de 165 mètres est en fait neuf fois plus inclinée que la tour de Pise! D’en haut, après deux minutes de montée à bord d’un funiculaire, tu peux apercevoir le centre-ville…

…et le quartier Hochelaga avec, en arrière-plan, le fleuve, le pont Jacques-Cartier et les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame.

La vue s’étend aussi sur Rosemont et le Plateau Mont-Royal, sur le quartier Maisonneuve que tu viens de visiter, sans oublier le stade de soccer et les Pyramides olympiques où ont été hébergés les athlètes des Jeux olympiques. Mais ce que je veux le plus te montrer, c’est la perspective dégagée et plongeante sur l’immense parc Maisonneuve…

…et le deuxième plus important jardin botanique au monde, où se trouve notamment le plus grand jardin chinois hors de Chine.

Pourquoi je tiens à te montrer cela? Parce qu’aujourd’hui, ces terrains verdoyants font partie de l’arrondissement de Rosemont. Mais autrefois, ils appartenaient à la ville de Maisonneuve, qui s’étendait alors jusqu’à l’actuel boulevard Rosemont. Sur ces terrains, et aussi ceux occupés par le stade olympique, les frères Dufresne rêvaient d’aménager un immense parc qui deviendrait un pôle d’attraction aussi fort dans l’est, que l’est le mont Royal dans l’ouest! Ils voulaient y construire un immense hippodrome, un autodrome, des amphithéâtres, un musée et une galerie d’art, en plus d’y aménager un jardin botanique et des étangs… Pour y arriver, ils récupérèrent, à prix fort, plusieurs terrains des mains de spéculateurs fonciers; et fondèrent le parc Maisonneuve (1910), qu’ils n’eurent jamais le temps d’aménager de leur vivant. Voici d’ailleurs une maquette de leur projet grandiose, que tu peux contempler en visitant le Château des frères Dufresne, tout près d’ici:

Certains diront que c’est la seule de leurs grandes folies qui ne se sera jamais réalisée. Mais l’histoire nous montre selon moi le contraire! Car 13 ans après la fin de la Ville de Maisonneuve, le Frère Marie Victorin, avec la collaboration notamment de l’architecte-paysagiste Frederick Gage Todd qui avait conçu l’avenue Morgan avec les Dufresne, fonda le Jardin Botanique. On y trouve maintenant une trentaine de jardins thématiques, bien des plans d’eau, et un insectarium en cours d’agrandissement. Le biodôme et le planétarium qui se sont ajoutés permettent aujourd’hui à l’ensemble de constituer le plus grand complexe muséal de sciences naturelles au pays. Si tu ajoutes à cela le stade olympique, les arénas et le stade de soccer établis autour de la station Viau, tu réalises assez vite qu’il manque finalement peu de choses au rêve qu’avaient les frères Dufresne! Aujourd’hui, un véritable pôle touristique majeur existe bel et bien dans l’est, déplaçant plus d’un million de touristes par année hors du centre-ville. Aucun guide touristique portant sur la Ville de Montréal ne peut d’ailleurs éviter d’en parler! C’est tout dire…

Redescends de la tour, et dirige-toi vers la station de métro Viau pour revenir chez toi…

C’est ainsi que se termine ton aventure d’un jour dans le quartier Maisonneuve! Avec en tête des images de plex montréalais aux escaliers extérieurs, d’anciennes usines transformées, de somptueux édifices de style beaux-arts, de petites maisons de vétérans, et de la tour de Montréal qui s’élance au-dessus du quartier…

Comme tu l’as vu, malgré la fin de la Ville de Maisonneuve en 1918, la City Beautiful n’est pas morte pour autant… Loin de là! D’autres réalisations toutes aussi folles ont suivi, avec la construction du Théâtre Denise-Pelletier, l’aménagement du parc Morgan, et tous les projets d’envergure dont je viens de te parler autour du stade et du jardin botanique. De plus, l’esprit même du mouvement, celui d’embellir la cité pour la rendre plus agréable aux citadins, a survécu. Aujourd’hui, les citoyens de Maisonneuve verdissent leur quartier, leurs carrés d’arbres, leurs ruelles. Ils plantent des poèmes le long des trottoirs, montent des petites bibliothèques colorées pour échanger des livres, font pousser des légumes dans les jardins communautaires et les ruelles vertes… Les politiciens suivent le mouvement en aménageant des pistes cyclables, en ajoutant des jets d’eau au parc Morgan, en transformant un chemin de fer en chemin vert, en triplant le volume de la bibliothèque du quartier, en faisant éventuellement plus de place à la verdure, aux piétons et aux vélos sur Pierre-de-Coubertin…

Non: la City Beautiful n’est pas morte. Elle est plus vivante que jamais!

*****

Tu as aimé ton excursion -réelle ou virtuelle- dans Maisonneuve? Je t’invite à partir à la découverte de plein d’autres quartiers de Montréal, d’Hochelaga à Côte-des-Neiges, de Griffintown à Milton-Parc. En ces temps où il est difficile de voyager, pourquoi ne pas en profiter pour redécouvrir ta propre ville? Mes Quartiers est le guide le plus complet qui existe pour parcourir l’île de Montréal d’un bout à l’autre! Avec mes 23 itinéraires de quartier, tu ne peux pas t’ennuyer… Et je compte en ajouter encore plusieurs nouveaux! Alors n’hésite pas à t’abonner à mon blogue pour ne pas les manquer, si ce n’est déjà fait. Et reviens me voir de temps en temps, car je mets progressivement mes articles à jour pour les quartiers qui changent rapidement, afin que tu ne manques pas les nouveautés!

Je te souhaite plein de belles visites et un été bien rempli! 🙂

La page Facebook de Mes Quartiers, tenue conjointement avec le blogue C’est toi ma Ville: deux façons de découvrir encore plus Montréal!

13 avis sur « Maisonneuve »

  1. Bonjour Gilles

    Je veux vous féliciter pour votre blog, il est vraiment bien fait.

    J’aime jouer au touriste dans ma ville et j’ai utilisé quelques fois vos parcours qui sont très intéressants .

    Merci et surtout , continuez ce que vous faites si bien.

    Bonne journée

    Silvie

    Aimé par 1 personne

    • Je suis la sœur de Silvie, j’habite Vancouver. Quand je visite ma famille à Montréal, ma soeur et moi allons nous promener dans divers quartiers. Votre blogue très détaillé va inspirer nos prochaines explorations, alors un gros merci!

      Aimé par 2 personnes

    • Oh! Je viens de voir, sur votre blogue, l’appartement que vous vous êtes loué à Amsterdam, avec balcon et vue sur le canal… WOW! J’adore voyager moi aussi… J’ai été à Amsterdam il y a quelques années, et c’est la première fois que je vois quelqu’un d’autre qui a également pris la peine de visiter les nouveaux quartiers! C’est génial… Bonne continuité! 🙂

      J’aime

  2. Excellent parcours d’un quartier que j’habitais, il n’y a pas si longtemps. Je constate qu’il y a eu des embellissements qui m’avaient échappé. À propos des développements des frères Dufresne, comme ils voulaient que l’aménagement autour du parc Maisonneuve et de ce qui est aujourd’hui le parc olympique devienne une attraction pour toute la ville de Montréal, ils ont voulu que ce soit accessible de partout: d’est en ouest par la rue Sherbrooke qui existait déjà, mais il n’y avait pas d’axe du nord au sud. Ils ont aménagé le boulevard Pie IX aux frais de la ville de Maisonneuve, y compris dans toutes les municipalités au nord, jusqu’à la rivière des Prairies. Au sud, ils ont exproprié les maisons qui bloquaient l’accès à la rue Notre-Dame. C’est un des projets pharaoniques qui ont conduit à la faillite de la ville en 1918 et à son annexion forcée à Montréal. Vous parlez de la voie de chemin de fer transformée en voie piétonnière. Vers l’ouest, elle reprend au boulevard Pie IX, mais on a autorisé la construction de condos sur quelques coins de rue à l’est de Pie IX, de sorte que ce qui aurait dû être un axe de plusieurs kilomètres est fragmenté en deux tronçons. Cette voie traverse la Place Valois. La rue Desjardins est nommée en l’honneur d’Alphonse Desjardins, qui n’a aucun lien de parenté avec le fondateur des caisses populaires, mais qui était un des promoteurs de Maisonneuve, en même temps que les frères Dufresne. C’était un puissant bourgeois, proche de l’évêque de Montréal, Mgr Bourget, et ami du célèbre Louis Riel. Mille mercis de nous faire redécouvrir ce quartier absolument fascinant!

    Aimé par 1 personne

    • Vous avez tellement raison pour tous ces détails! Je suis tellement déçu que la promenade piétonne soit bloquée au niveau du Super C et des quelques coins de rue à l’est où sont les condos: c’est une occasion incroyablement manquée d’avoir un équivalent du High Line de New York sur 2,5km! Les élus qui ont autorisé ces constructions à l’époque ont manqué le bateau… Pour le boulevard Pie-IX, je savais que Maisonneuve l’avait financé, mais je ne pensais pas qu’ils avaient finalement réussi à se rendre jusqu’à la rivière… !!! C’est fou… Merci pour ces détails! 🙂 Bonne journée à vous!

      J’aime

  3. En 1963 et 1964 nous allions jouer au Château Dufresne car un oncle de nos amis travaillait là comme garde des lieux. Situé au coin de Sherbrooke et Blv. Pie-IX. Maison magnifique mais située dans quelle ville?

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s